118, numéros en détresse

27 septembre 2006 | Business, Critique, Dans la presse, Les acteurs du 118 | Commentaires fermés sur 118, numéros en détresse

Les successeurs du 12 déchantent. Malgré les millions dépensés en pub, les demandes de renseignement ont chuté de 30 à 40 %.

Mauvais karma pour les 118. Six mois après la mort du 12 ­ feu le service universel des renseignements ­, les 118 qui ont pris sa relève comptent leurs disparus. Sur les cinquante-sept numéros sur la ligne de départ, quatre ou cinq 118 seulement se taillent un petit succès. Et une quinzaine sont toujours vivants. Alors que l’ouverture à la concurrence est censée stimuler la demande et encourager l’irruption de nouveaux acteurs, le bilan quelques mois après le lancement en fanfare des nouveaux services est pour le moins mitigé.

«Décevant». Telegate, l’un des leaders du marché, veut rester optimiste, mais les chiffres sont là : «On est sur une baisse de 30 à 40 % des appels par rapport à l’an dernier», observe Charles Tonlorenzi, le président du 118 000, numéro emblématique de Telegate. Idem chez France Télécom. L’opérateur historique estime entre 150 et 170 millions d’euros le chiffre d’affaires global en 2006, contre 240 en 2005. «Ce n’est pas totalement inattendu, pondère Tonlorenzi, mais c’est tout de même décevant.» Le lancement a-t-il été mal conduit ? «Non», estime-t-il. Mais le public n’a pas suivi. Le 12 avait sans doute trop d’atouts : «C’était simple, et les gens s’imaginaient que c’était gratuit.» Sur les sept numéros en 118 achetés auprès du régulateur des télécoms au moment de la loterie des 118, Telegate en a rendu trois, bientôt quatre. Et il concentre l’essentiel de ses forces sur le seul 118 000. Même stratégie chez Le Numéro, éditeur du 118 218, le premier de la classe. L’opérateur exploite quatre des sept numéros qu’il a achetés, au départ, 40 000 euros chacun.

Il n’y aura, à terme, de la place sur le nouveau marché des renseignements que pour quelques acteurs, et on les connaît déjà. Le hit-parade officieux place en tête le 118 218, dit encore le «toutouyoutou», avec 40 à 45 % du marché, suivi du 118 712 (France Télécom) et du 118 000 (Telegate) à égalité avec 15 à 20 %, puis le service lancé par Pages jaunes (118 008) qui capte autour de 10 % du marché. Surnagent encore le 118 007 (Allo Bottin), le service gratuit lancé par Free (118 818) et celui supporté par NRJ (118 333).

Promotion. 130 millions d’euros net ont été engloutis dans la pub et le sponsoring ­ soit grosso modo une année de chiffre d’affaires ­, selon les dernières évaluations. Tous les acteurs ne vont pas récupérer leur mise. Pour ses propres numéros, Tonlorenzi a «investi» 20 millions d’euros au premier semestre 2006, et «perdu» autant, très exactement 22,3 millions, d’après le résultat financier du premier semestre. «Normal», pour une activité qui démarre, estime le patron du 118 000. «C’est clair qu’on ne va pas récupérer l’investissement sur une année», lui répond en écho Bruno Massiet du Biest, le géniteur du 118 218, avec «20 à 30 millions d’euros» de dépenses de promotion revendiquées, et hautement satisfait de sa position de leader alors qu’il n’espérait convaincre que 30 % des utilisateurs.

Quand il compare la France à la Grande-Bretagne, le patron de Le Numéro, filiale du spécialiste du renseignement britannique, The Number, est résolument optimiste : «Là-bas, quand ils ont ouvert le marché, les appels ont reculé de plus de 40 %.» Et même 50 %, évalue Telegate, son concurrent.

«Grand gagnant». La surenchère des spots aux heures de grande écoute a perturbé le public, mais ce n’est pas la seule explication. Le patron de Le Numéro pointe l’usage de plus en plus soutenu de l’Internet pour dénicher un plombier ou une auto-école. Compensé, par bonheur, par des appels croissants vers les 118 depuis les mobiles. Tonlorenzi, lui, se console en remarquant qu’une des vertus du lancement des 118 est «d’avoir fait prendre conscience au consommateur que le 118 a un coût, et que c’est un service qu’il est normal de facturer». L’UFC – Que choisir, toujours critique envers la libéralisation du marché, s’apprête à tester les 118. Seul commentaire pour l’heure sur le rapport coûts-bénéfices de l’ouverture du secteur : «S’il y a un grand gagnant pour l’instant, c’est bien le marché publicitaire !»

Source : Libération

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